Lucy Williams: Cités Radieuses

Acumen Magazine | By Eve Kaplan
November 27, 2025

Originally published in French. English translation provided by Berggruen Gallery.

Modernism was thought to have been relegated to museums, frozen in the concrete façades of our suburbs or in the dusty pages of architectural manifestos. But Lucy Williams revives it in her own way: in miniature, with delicacy and poetry. At Berggruen Gallery in San Francisco, the British artist presents Radiant City beginning November 6, 2025. Her third solo exhibition at the gallery translates Le Corbusier’s grand utopian visions into an obsessive yet intimate world, where each fragment becomes an object of contemplation.

Williams works like a master craftsperson. Her works begin with a precise drawing that becomes a digital matrix. From this base, she laser-cuts the structural foundation, then cuts colored paper to form the various elements, applying successive layers of materials such as paper, plexiglass, wood veneer, fabric, or metal. Curtains, bookshelves, lamps, vases, lampshades, and tiles gradually emerge, fixed within a bas-relief where the eye hesitates: painting or sculpture? Everything is flat, yet everything seems to possess depth. Her compositions inhabit this ambiguous territory suspended between image and object, where the viewer oscillates between fascination and uncertainty.

Modernism, we know, sought to be rational, functional, and austere. Williams infuses it with an unexpected warmth. Her embroidered threads snake across the surface like poetic scars. Her colors—aubergine, slate, powder pink—soften the rigidity of concrete. She reintroduces ornament precisely where Le Corbusier had banished it.

Her works evoke Anni Albers in their use of textile, Ruth Asawa in the lightness of thread, as well as the geometries of Jean Arp and Alexander Calder. Like them, Williams engages with tension, structure, and vibration. Joseph Becker, Associate Curator at SFMOMA, also notes the “energy, dedication, and intentionality” she brings to her practice. Yet in her work, these qualities are paired with an artisanal intimacy—a patient, human gesture that softens modernism’s inherent coldness.

In choosing the title Radiant City, Williams does more than reference Le Corbusier’s unrealized architectural project; she explores its contradictions: an egalitarian ambition that slips into uniformity, a collective utopia that ultimately overwhelms the individual. The artist’s interiors are beautiful and seductive, yet empty. No figures appear. And yet, confronted with these deserted spaces, one feels the urge to enter them, to inhabit them. It is this paradox that gives her work its narrative power: the coldness of architectural lines transforms into an invitation to the viewer.

During the pandemic, Williams ventured into abstraction to explore the rhythmic and repetitive visual qualities of form: colored triangles floating above vertical threads, lyrical motifs, and spatial control recalling modernists such as Naum Gabo and Barbara Hepworth. These non-figurative compositions are now reintegrated into her architectural scenes. Ornament—once forbidden by modernism—reappears as suspended accents, as though geometric rigor must be fractured by poetry.

Radiant City is also a meditation on memory. Collective memory: that of an era when architecture aspired to transform society. Intimate memory: the interiors Williams depicts—pools, living rooms, libraries—resonate with our own recollections. By reducing these spaces to the scale of a picture, she transforms them into objects of contemplation. We view them like voyeurs, captivated by detail yet held at a distance. From this tension between attraction and frustration arises the full intensity of the experience.

Lucy Williams does not naïvely celebrate modernism; she recomposes it, revealing its contradictions while extracting an unexpected beauty. Her “radiant cities” are utopias in fragments, transformed into poetic remnants. In a world saturated with megacities, she reminds us that it is sometimes at a reduced scale—in miniature—that the desire to inhabit is reborn.
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The original French text appears below.

Williams travaille comme un orfèvre. Ses œuvres commencent par un dessin précis, qui devient matrice numérique. Sur cette base, elle découpe au laser la base structurelle, puis découpe du papier coloré pour former les différents éléments, appliquant ensuite des couches ascendantes de matériaux variés tels que le papier, le plexiglas, le placage de bois, le tissu ou le métal. Rideaux, bibliothèques, lampes, vases, abat-jours, carrelage apparaissent peu à peu, figés dans un bas-relief où l’œil hésite : peinture ou sculpture ? Tout est plat, mais tout semble avoir une certaine profondeur. Ses compositions appartiennent à ce territoire ambigu, suspendu entre image et objet, où le spectateur oscille entre fascination et doute. 

Le modernisme, on le sait, se voulait rationnel, fonctionnel, austère. Williams, elle, y insuffle une chaleur inattendue. Ses fils brodés serpentent comme des cicatrices poétiques. Ses couleurs – aubergine, ardoise, rose poudré – adoucissent la rigidité du béton. Elle introduit l’ornement là où Le Corbusier l’avait banni.

Ses œuvres évoquent Anni Albers pour le textile, Ruth Asawa pour la légèreté des fils, ou encore les géométries de Jean Arp et d’Alexander Calder. Comme eux, Williams travaille la tension, la structure, la vibration. Joseph Becker, conservateur adjoint au SFMOMA, souligne aussi « l’énergie, le dévouement et l’intentionnalité » qu’elle apporte à son travail. Mais chez elle, tout cela se double d’une intimité artisanale, d’un geste patient qui humanise la froideur moderniste.

En choisissant le titre Radiant City, Williams ne se contente pas de citer le projet architectural non réalisé de Le Corbusier, elle en explore les contradictions : une ambition égalitaire qui vire à l’uniformité, une utopie collective qui finit par écraser l’individu. Les œuvres de la designer sont belles, séduisantes, mais vides. Aucun personnage n’y figure. Et pourtant, face à ces intérieurs désertés, on éprouve l’envie d’y entrer, d’y habiter. C’est ce paradoxe qui donne à son travail sa force narrative : la froideur des lignes architecturales se transforme en appel au spectateur. 

Pendant la pandémie, Williams s’est aventurée dans l’abstraction pour explorer les qualités visuelles rythmiques et répétitives de la forme : triangles colorés flottant au-dessus de fils verticaux, motifs lyriques, contrôle de l’espace rappelant les modernistes Naum Gabo ou Barbara Hepworth. Ces compositions non figuratives sont aujourd’hui réinjectées dans ses scènes architecturales. L’ornement proscrit par le modernisme réapparaît ainsi en touches suspendues, comme si la rigueur géométrique devait être fissurée par la poésie. 

Radiant City est aussi une affaire de mémoire. Mémoire collective : celle d’une époque où l’architecture voulait transformer la société. Mémoire intime : les intérieurs que l’artiste représente – piscines, salons, bibliothèques – résonnent avec nos propres souvenirs. En réduisant ces espaces à la taille d’un tableau, Williams les transforme en objets de contemplation. On les regarde comme un voyeur, fasciné par le détail, mais tenu à distance. De cette tension entre attraction et frustration naît toute l’intensité de l’expérience.

Lucy Williams ne célèbre pas naïvement le modernisme : elle le recompose, en révélant ses contradictions tout en extrayant aussi une beauté inattendue. Ses « cités radieuses » sont des utopies en morceaux, devenues fragments poétiques. Dans un monde saturé de mégalopoles, elle rappelle que c’est parfois à l’échelle réduite, dans la miniature, que renaît le désir d’habiter.